Les costumes de Molière aux Célestins

À l’occasion des représentations de Molière et ses masques, Les Célestins ont ressorti des réserves plusieurs costumes issus d’anciennes mises en scène de pièces de Molière, pour les faire découvrir au public.
Les costumes de spectacle suivent généralement les compagnies au fil de leurs tournées. Ceux conservés dans les réserves des Célestins sont pour la plupart des créations de la maison et constituent une partie de la mémoire des Célestins.

Jean Meyer, 25 mises en scène de Molière aux Célestins
Jean Meyer, directeur des Célestins de 1967 à 1985, a consacré une part importante de son travail à l’œuvre de Molière, dont il a réalisé pas moins de 25 mises en scène. Il a notamment monté à plusieurs reprises Les Femmes savantes : en 1971, 1977 et 1985.
Les photographies de ces spectacles ont permis de retrouver, dans les réserves des Célestins, certains costumes de l’époque. Parmi eux, deux costumes de la version de 1977 sont présentés ici : ceux de Bélise et de Chrysale. Ils témoignent du travail de la costumière Suzanne Lalique, dont le parcours et la collaboration avec Jean Meyer sont également à découvrir. Elle a signé la plupart des costumes et des décors de ses mises en scène.
"Les Femmes savantes" : costumes de la mise en scène de 1977





La robe de Bélise
Ce costume, créé pour la mise en scène de 1977, habille le personnage de Bélise. Sœur de Chrysale et d’Ariste, Bélise est une précieuse caricaturale, coquette et pleine d’illusions, qui se croit aimée de tous les hommes qu’elle rencontre.
Son aveuglement est au cœur d’un des ressorts comiques de la pièce : lorsque Clitandre vient lui demander son aide pour obtenir la main d’Henriette, sa nièce, Bélise interprète sa démarche comme une nouvelle déclaration d’amour. À travers ce personnage, Molière tourne en dérision les travers des précieuses et contribue à nourrir les nombreux quiproquos des Femmes savantes.

Le costume de Chrysale ?
Ce costume, aux tons brun chaud et aux reflets cuivrés, se distingue par son tissu mordoré et moucheté et son veston doré. Il apparaît sur une photographie d’archive des Femmes savantes mises en scène par Jean Meyer en 1977 et pourrait être celui de Chrysale, le père de famille.
À l’époque, les costumes contribuaient à identifier immédiatement les personnages et à suggérer leurs traits de caractère. Chrysale incarne ainsi le bourgeois aisé et économe, homme de principes qui affirme ses convictions dans de longues tirades. Son nom, dérivé du grec chrysos, qui signifie « or », renforce cette association avec la richesse et la respectabilité.

Suzanne Lalique, l’héritage des arts décoratifs
Derrière les costumes des Femmes savantes se dessine le travail d’une artiste dont le nom revient régulièrement aux côtés de celui de Jean Meyer : Suzanne Lalique. Fille du grand artiste verrier René Lalique, elle travaille avec son père le verre, mais aussi à la création de paravents et de tissus décoratifs pour des luxueux trains et des paquebots.
Des arts décoratifs au théâtre
Suzanne Lalique travaille également comme décoratrice pour la Manufacture de Sèvres. Elle rencontre et se marie avec Paul Burty‑Haviland, photographe qui fait partie d’une famille de célèbres fabriquants de porcelaines de Limoges. En 1937, elle est sollicitée pour créer le décor de Chacun sa vérité de Luigi Pirandello, mis en scène par Charles Dullin à la Comédie-Française. Cette première expérience marque le début de sa carrière au théâtre. Pendant plus de trente ans, de 1938 à 1971, elle dirige les ateliers de décors et de costumes de la Comédie-Française.
La rencontre avec Jean Meyer et le lien avec Les Célestins
C’est à la Comédie‑Française que Suzanne Lalique rencontre Jean Meyer, qui y est aussi rentré en 1937, comme comédien. Jean Meyer va s’y imposer comme metteur en scène, avec sa toute première mise en scène en 1941 du Médecin malgré lui. Il montera ensuite pas moins de 83 pièces en 20 ans, dont 51 à la Comédie‑Française. En 1968, il est nommé codirecteur du Théâtre des Célestins, où il mettra en scène 25 pièces de Molière, dont la plupart des décors et des costumes sont signés Suzanne Lalique.

Le triomphe du "Bourgeois gentilhomme"
Parmi ces réalisations, Le Bourgeois gentilhomme occupe une place particulière. Créé en 1951 dans un superbe décor de Suzanne Lalique, le spectacle connaît un immense succès en France et à l’étranger. Les Célestins en conservent une photographie datant de 1974, qui témoigne de la longévité de cette mise en scène et de son décor.
La Comédie-Française conserve également la trace de cette réalisation, présentée comme l’une des grandes interprétations du Bourgeois gentilhomme, avec la mise en scène de Jean Meyer, les décors de Suzanne Lalique, la chorégraphie de Léone Mail et Louis Seigner dans le rôle-titre.
"Le Bourgeois Gentilhomme" : costumes et décor de la mise en scène de 1974



Le détail d’un costume


Cette photographie permet de distinguer les détails de la coiffe portée par le personnage du Bourgeois gentilhomme. En regard, les études de coiffes réalisées par Suzanne Lalique pour la mise en scène de 1951 montrent le travail de recherche qui précédait la création des costumes. Ces dessins sont aujourd’hui conservés au Musée des Arts Décoratifs de Paris.
- Portrait de Jean Meyer, La Comédie Française
- Paul Burty Haviland, Suzanne Lalique, 1917, 1917, épreuve au platine, H. 25,3 ; L. 20,3 cm., Achat, 1993, © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski