- Lieu
Les Célestins
Présentation
Sagement mariée. Follement amoureuse d’un autre. Suprêmement vertueuse... L’âme et le corps de cette immortelle Princesse de Clèves sont le terrain d’un palpitant déchirement littéraire entre passion et vertu. Renonçant par honneur à combattre l’amour, elle ne songe plus qu’à l’ignorer, le dissimuler, le fuir... Jusqu’à avouer sa torture à son propre mari. Il meurt en la croyant infidèle. Au-delà du veuvage, elle s’obstine dans l’honneur jusqu’au couvent où elle donnera finalement « des exemples de vertu inimitables ». Pour l’exigeante Madame de La Fayette, cette projection idéaliste d’une héroïne si parfaitement vertueuse n’est pas très étonnante. Plus surprenant est le choix de Marcel Bozonnet, ancien sociétaire de la Comédie Française dont il est aujourd’hui l’administrateur général, de devenir la voix intime de cette Princesse de Clèves. « L’école du plus grand maintien cache un laboratoire de cri » affirme-t-il. « Mon travail est de trouver les moyens de rendre à cette prose tout le registre des émotions qu’elle inspire ». Le résultat est stupéfiant, tant par la performance du comédien, jubilatoire en elle-même, que pour la visite guidée qu’il conduit de ce texte. Dans un halo de lumière, un espace aussi réduit que la ligne de conduite que s’impose la Princesse de Clèves, il distille le texte dans une délicate parade gestuelle, réglée avec la complicité de la chorégraphe Caroline Marcadé. Dans un pourpoint d’apparat, le visage cerné de dentelle, il resplendit sur le plateau nu, tel un scarabée mordoré sur un carré de velours noir. Il nous fait déguster cette langue précieuse dans un combat haletant. Les émotions contenues, la concision de l’écriture et le souffle intérieur de la passion s’y entrechoquent avec la dignité d’une douleur étouffée.