
- Lieu
Grande salle
- Langue
Français
- Année
2000
- Lieu(x)
Les Célestins, Théâtre de Lyon
Présentation
C'est un soir de septembre 1972. Il fait beau, doux, tendre, on a envie de marcher la nuit. Aragon écrit son dernier éditorial des Lettres françaises, le journal qu'il dirige, qu'il a fondé avec Jacques Decour et Jean Paulhan pendant la guerre et qui ne paraîtra plus. Raisons économiques, idéologiques, politiques : sans l'aide de l'URSS, la parution est impossible, or le journal a un peu trop soutenu le Printemps de Prague... C'est un joli soir pour écrire ses adieux, fredonner une dernière valse. Il y a des soirs, comme ça, où tout prend le caractère équivoque des rêves. Quand on ne sait plus bien qui on est, il est temps de se souvenir de Gérard de Nerval et de son suicide cette nuit de janvier 1855, rue de la Vieille Lanterne. Tout adieu ressemble plus ou moins à une dérive nocturne dans Paris, avec ses Halles éventrées, loin de l'Oural. C'est un soir d'automne, qui ressemble au printemps, où il semble juste et naturel de s'embarquer pour Cythère, ou Rungis, dans un camion bleu, avec un camionneur tout gaillard. Et puis, car il le faut, Aragon cesse la digression, en vient au fait. Lui qui "sait depuis des mois à quoi s'en tenir", qui n'a plus rien à perdre, délivré peut-être de sa légende, enfin généreux, nous dit en toute simplicité : "voler de victoire en victoire" ne mène nulle part, seuls les erreurs et le doute construisent les forces de l'avenir. Jean-Louis Trintignant interprète ce texte testament, poétique et autocritique, un peu pervers, en dialogue avec l'accordéon élégant de Daniel Mille, qui pleure ce que la voix ne peut dire.