
- Lieu
Les Célestins
Présentation
La Main passe est par excellence la pièce de la crise du mariage : pris entre leurs coupables pulsions érotiques et les convenances sociales, les époux mal ajustés se trompent, divorcent, les ex‑amants adultérins se marient puis, une fois mariés, se trompent à nouveau, songent à divorcer, et ainsi de suite dans une réaction en chaîne qui semble ne jamais vouloir finir. Des fiascos piteux en replâtrages hasardeux, Feydeau nous offre le spectacle peu glorieux de l’effondrement sur elle‑même de l’institution conjugale telle que la classe bourgeoise l’avait rêvée depuis un siècle. Il le fait sans passion, avec une sorte d’objectivité d’entomologiste ; la morale n’est pas son fort, il ne prétend rien critiquer ni corriger, et c’est là sans doute l’un des secrets de son exceptionnelle puissance comique : "Lorsque je suis devant mon papier, et dans le feu du travail, je n’analyse pas mes héros, je les regarde agir, je les entends parler... " confiera-t-il. Il est comme le phonographe de la première scène de La Main passe par lequel tout le malheur arrive, "il ne sait pas, il ne distingue pas, il enregistre ce qu’il entend". Je ne doute pas un instant que Feydeau ne soit représenté sous les traits du phonographe en question ; mais pour que le portrait soit complet, il faudrait ajouter à l’innocence de l’appareil le génie malin du vaudevilliste. Gildas Bourdet