Qui ne connaît la vérité n’est qu’un imbécile.
Mais qui, la connaissant, la nomme mensonge,
celui-là est un criminel !
GALILÉE – LA VIE DE GALILÉE DE BERTOLT BRECHT

 

Lors du XVIIe siècle naissant, Galilée a bouleversé la représentation du monde qui ordonnait le Moyen Âge en démontrant que la Terre n’était pas immobile au centre de l’univers mais un corps céleste en mouvement, que chaque lieu qu’habitaient les hommes n’était en vérité qu’un point en perpétuel mouvement dans un espace infiniment ouvert. À l’heure où la mutation climatique menace d’ici peu l’habitabilité même de la planète, le philosophe Bruno Latour dans son essai Où atterrir ? lance un appel urgent à repenser la Terre et notre rapport au sol, dénonce la vision fantasmée de la mondialisation et le cynisme d’une élite qui aurait déjà abandonné l’idée d’un monde commun. Du « Leave » britannique aux grossières « Trumperies » de la Maison-Blanche, de la construction de bunkers dorés pour milliardaires au programme d’îles artificielles dans les eaux internationales d’un groupe d’ingénieurs libertariens, les manifestations de sécession se multiplient en effet chez ceux qui préfèrent prendre la tangente plutôt que délibérer du partage des ressources. Si ces « chacun pour soi » et « chacun chez soi » menacent de dislocation nos sociétés, il demeure heureusement des agoras qui résistent, des espaces de parole pour imaginer les façons de vivre et d’habiter ensemble la planète.
Au cours de cette nouvelle saison, placée sous le signe de Galilée et d’un monde commun à réinventer, seront aussi convoqués sur scène un carnaval à Venise, une guerre à Mossoul, un retour à Reims, un facteur à Arles, une chasse aux sorcières dans le Massachusetts, un poète en Sibérie, Mary Stuart dans sa geôle anglaise, une conspiration en Norvège, un conteur de l’autre côté du miroir, un mystère à élucider dans un manoir breton, une cour d’école en Iran, une maison surgie de nulle part… Pour mener cette odyssée, nous embarquons avec nous Thierry Jolivet, nouvel artiste associé aux Célestins, qui avec la compagnie La Meute-Théâtre nous mènera à la rencontre de la langue incantatoire de l’immense écrivain Pierre Michon.
En janvier 2020, la programmation de la petite salle retrouvera les murs de la Célestine remise en état après deux années de fermeture. En avril 2020, ce sera au tour de la Grande salle à l’italienne de fermer ses portes jusqu’à
l’automne afin de permettre les travaux de rénovation des cintres, et l’occasion de quelques échappées belles dans des théâtres voisins et partenaires.
Pour cette nouvelle saison donc, le Théâtre fait peau neuve et se réinvente. Hélène Builly le représente émergeant de l’écume moutonnante d’une mer de nuages ; entre ciel et terre, c’est une invitation à ouvrir de nouveaux horizons.

Claudia Stavisky et Pierre-Yves Lenoir
DIRECTEURS