3 avril 2020

Un Théâtre pour demain

Chers spectateurs, chers amis,
Il est bien difficile de prendre la parole aujourd’hui. D’abord, tout d’abord, nous espérons pour chacun d’entre vous et de vos proches, la meilleure santé possible.
Depuis près de trois semaines, déjà trois longues semaines, nous ne nous voyons plus. Notre théâtre, votre théâtre, a dû fermer ses portes. Pour la première fois, sa façade est tristement placardée de blanc.
Le théâtre, lieu de rassemblement par essence, dans lequel chaque soir une assemblée de spectateurs se forme autour de la représentation, le théâtre ne peut s’accommoder de la distanciation sociale. C’est même l’inverse qu’il propose. Alors, dans ces temps où il nous faut nous isoler pour lutter, où il nous faut mettre de la distance entre nous, nous ne pouvons plus nous retrouver pour célébrer ensemble l’idée même du théâtre.
L’activité essentielle de l’équipe des Célestins, chaque jour tournée vers le soir, l’heure de vous accueillir, cet événement qui donne en permanence sens à notre action, cette activité a été brutalement stoppée par l’épidémie et les mesures de confinement. Comme tous les lieux de spectacles en France, nous avons d’abord dû fermer nos portes, puis stopper notre activité. Pour nous protéger collectivement.
Ce fut particulièrement douloureux pour nous tous, pour les équipes artistiques des deux créations, Bug et Merci la Nuit, dont les représentations avaient débuté quelques jours plus tôt. Un arrêt brutal, l’interdiction de rencontrer leur public, comme on dit dans notre jargon. Nous travaillons à les reprendre la saison prochaine.
D’autres spectacles ne pourront vous être présentés, comme nous l’avions prévu. À ce jour, Convulsions, Pelléas et Mélisande, ainsi que En réalités et Quatorze, les deux lauréats de notre Prix Célest’1 2019.
Notre projet Ô PARLEURS, opéré avec le Rectorat et sur lequel nous travaillons depuis le début de l’année avec huit lycées de l’Académie, projet qui initie les jeunes à l’art de la parole citoyenne et à la joute oratoire a également été stoppé net. Tout comme le Comité de lecture que nous menons auprès d’un groupe de lycéens et d’étudiants pour les former à lire le théâtre, et plusieurs autres actions d’éducation artistique conduites par notre équipe des relations avec les publics.
Il en est de même pour la première édition de notre projet européen NOS, piloté avec l’ENSATT et trois théâtres et écoles d’art dramatique du Portugal (Lisbonne/Porto) et de Galice (Vigo). Notre artiste associé, Thierry Jolivet, s’apprêtait à se rendre à Vigo pour diriger deux mois durant des élèves de ces quatre écoles réunies et créer avec eux un spectacle à plusieurs voix et plusieurs langues que nous nous réjouissions de vous présenter en juin prochain. Ce projet est désormais reporté d’un an.
Pour la première fois également, le magnifique travail de Tatiana Frolova et son Théâtre Knam, que les Célestins accompagnent depuis une dizaine d’années, voyait une reconnaissance internationale bien méritée au travers de la programmation de Ma petite antarctique, leur dernière création, dans le cadre du prestigieux festival berlinois FIND. Ce festival a été annulé, comme tant d’autres. Espérons qu’il pourra être reporté prochainement.
Depuis, nous vivons, tout comme vous, dans la douloureuse incertitude du moment où nous pourrons enfin sortir librement, puis vous retrouver. Vraisemblablement deux moments différents. Alors, comme au cours d’une très longue journée, dont nous ne savons pas combien de temps elle durera, nous préparons ce moment, en coulisses, chacun chez nous, nous télétravaillons, « visio-échangeons », échafaudons des scenarii, préparons ardemment la saison prochaine et comment nous pourrons vous la présenter prochainement. Nous étudions, et avec nos confrères, la meilleure manière d’accompagner les artistes et tous les intermittents dans ce moment qui les expose tout particulièrement. Vous êtes nombreux déjà à avoir voulu signifier votre soutien aux artistes, aux Célestins, et plus généralement au monde de la culture en ne demandant pas le remboursement des places que vous aviez achetées pour des représentations annulées. Nous vous en remercions très sincèrement, cette manifestation de solidarité et d’amitié nous va droit au cœur.
Nous vous donnerons régulièrement de nos nouvelles, vous proposerons de découvrir, voir, ou entendre, sur nos réseaux ou notre site, différents contenus en écho à notre programmation ou en lien avec notre théâtre. Nous serons également heureux de recevoir et de lire vos messages. En ces temps d’isolement, soignons aussi notre lien.
« Donnez-moi une autre société, je vous donnerai un autre théâtre », disait Vilar.
Formons ensemble le vœu que le théâtre de demain soit aussi celui d’une société de « l’après », réunie et solidaire.
Prenez soin de vous, prenez soin des vôtres, à très bientôt.
Claudia Stavisky et Pierre-Yves Lenoir,
directeurs